Il faut un plan d’urgence pour structurer les interventions sanitaires, selon Dr. Aguid Soumouk ministre de la santé publique

Le Ministre de la santé, Dr. Aguid Soumouk

Le Ministre de la santé, Dr. Aguid Soumouk

Le déclenchement des hostilités par les éléments de la Séléka a occasionné  la dégradation et la détérioration de la situation sanitaire en République centrafricaine. Presque toutes les activités de prévention des maladies comme le VIH et le Sida, la Tuberculose, le paludisme et d’autres épidémies sont suspendues à cause de l’insécurité. Les interventions à travers le pays nécessitent une évaluation  globale de la situation. C’est pourquoi dans une interview que M. Aguid Soumouk,  Ministre de Santé Publique, de la Population et de la Lutte contre le Sida  a accordé au Réseau des Médias Africains contre le Sida, la Tuberculose et le paludisme, section de Centrafrique (REMASTP/CA), il a indiqué qu’il faut  d’abord évaluer la situation globale dans les formations sanitaires avant d’élaborer un plan d’urgence afin de structurer les interventions sanitaires. Une interview à découvrir dans son intégralité le début de la semaine prochaine.

Depuis le déclenchement des hostilités par la coalition Séléka, la situation sanitaire dans le  pays semble devenir préoccupante. Quel est l’état des lieux de la santé selon votre département ?

Il y a eu suite aux évènements qu’on a connu des actes de pillages, des destructions des structures de santé. Ces événements ont aussi occasionné le déplacement des populations y compris les prestataires de soins. Donc la situation est préoccupante comme vous l’avez dit. A ce jour, des mesures ont été prises pour que le système des soins se remette en marche.

 Le VIH/sida, la Tuberculose et le Paludisme constituent des menaces pour le pays. Cependant, les actions de lutte contre ces pandémies connaissent aujourd’hui la période la plus difficile de son histoire : les activités de prévention sont inexistantes, la prise en charge médicale est devenue difficile, certaines structures sanitaires sont pillées. Pouvez-vous situer l’opinion publique sur la  situation exacte de ces pandémies en RCA ?

Effectivement, en situation de crise, les choses ne peuvent pas marcher comme en temps normal. Concernant la lutte contre le Sida, la Tuberculose, le paludisme voire les autres maladies, lorsqu’il y a crise,  avec un déplacement de la population, un déplacement des prestataires, il y a des actes qui sont commis et qui ont vraiment des répercussions directes sur la pandémie du VIH et du Sida. Le département de la santé a réagi très rapidement. A ce jour, nous avons rendu disponible les Antirétroviraux (ARV), les antituberculeux et les antipaludiques dans les sites de la capital pour un premier temps. Le début de la semaine, nous avons commencé à ravitailler les sites des provinces notamment à Boali, à Mbaïki et à Damara. Avec la situation sécuritaire qui s’améliore rapidement, nous allons envoyer des missions en arrière pays pour ravitailler les autres sites de prise en charge en ARV, en antituberculeux et autres intrants.

Ne pensez-vous pas qu’il serait important de faire une réadaptation dans la stratégie de lutte contre ces pandémies ?

Une évaluation est en cours. La capitale Bangui a été déjà évaluée et la semaine prochaine, il y aura des missions d’évaluation qui vont descendre dans l’arrière pays. Mais on n’a pas attendu les résultats des évaluations compte tenu de l’urgence et on a pris des mesures urgentes. Après l’évaluation on va élaborer un programme d’urgence pour faire face aux situations d’urgences que nous connaissons.

Le siège de la CN-CNLS a été pris en otage par les éléments de la Séléka avant d’être théoriquement libéré.  Ce qui a empêché le bon fonctionnement de cet organe de coordination des activités  de lutte contre la pandémie du VIH et du Sida. Que dites-vous à propos de cette occupation de la CN-CNLS par les rebelles ?

La CNCNL n‘a pas été épargnée des pillages. Mais la situation a été maitrisée très tôt. Au début de la crise, il y a eu une scène de pillage. Sur la demande du Premier Ministre, les éléments de la Séléka ont été déployés au siège de la CN-CNLS. A un moment donné,  il a eu quelques problèmes relatifs aux émoluments. Nous avons pris ça en main et donc aujourd’hui, le personnel peut travailler librement. Lorsqu’il était impossible de venir travailler, le personnel travaillait soit à la maison soit au siège de la Coordination du Fonds Mondiale. Pour vous dire que les activités ne sont pas au point mort. Je prépare une correspondance à l’endroit du Ministre d’Etat à la Sécurité Publique pour les éléments de la Séléka. Ils vont être  remplacés par les éléments de la Gendarmerie ou de la police.

Qu’en est-il de la situation sécuritaire à l’intérieur du pays ? Où en est-on avec le couloire humanitaire réclamé depuis très longtemps pour apporter les aides aux populations affectées ?

La situation sécuritaire s’est nettement améliorée. Pour preuve, une mission de ravitaillement en intrants et vaccins est sur la Vakaga. Au moment où je vous parle, cette mission est de retour à Bangui. C’est par rapport à cette amélioration  substantielle des conditions sécuritaires qu’au début de la semaine prochaine, les missions d’évaluations vont être déployées dans l’arrière pays pour nous faire les points de la situation globale dans nos formations sanitaires.

Par rapport à la population touchée depuis longtemps, y a-t-il une stratégie adéquate pour les recenser ?

Tout le personnel n’est pas parti de sa zone de juridiction ? Nous avons des informations que certains confrères sont restés à leurs postes et ceux là s’occupent des malades sur place. Je vous avais dit  tout à l’heure que le pays a traversé une crise et en situation de crise il faut proposer une stratégie adaptée. Il faut donc faire un plan de contingence pour présenter globalement le problème. Vous parlez des gens qui sont dans la brousse, en situation de crise beaucoup de chose peut passer. On peut assister à des inclusions d’épidémies. Pour cela, il faut un plan d’urgence pour structurer les interventions si non ce sera un pilotage à vue et on risque de ne pas cerner tout le problème.

Nous avons constaté la présence des éléments de la Séléka en armes dans certaines Formations Sanitaires. Cela ne constitue-t- il pas une insécurité pour le personnel soignant  et pour les malades ?

A ce jour, je puis vous dire que les éléments de la Séléka n’ont pas élu domicile dans les formations sanitaires. Ce problème s’était posé dans les moments forts de la crise. Nous avons pris les dispositions qui s’imposent, notamment à l’hôpital communautaire avec l’appui du Ministre d’Etat à la sécurité Publique, des hommes armés ont été positionnés à l’entrée de l’hôpital. Ils ont la mission de désarmer systématiquement tous les porteurs des armes qui venaient à l’hôpital. Ceux que vous avez vus à l’entrée ont reçu cette mission : désarmer et garder les armes à la sortie des porteurs. Néanmoins, les cas de dérapages ont été signalés mais je puis vous rassurer qu’à ce jour, la sécurité dans les formations sanitaires s’est nettement améliorée.

Pour bon nombre de la population, la prise en charge dans les formations sanitaires sont loin de se normaliser. Qu’en pense-vous ?

Effectivement, tout dépend de la sécurité. On ne peut rien faire lorsque l’état de la sécurité n’est pas amélioré à un niveau acceptable. En dehors des activités de soins, vous conviendrez avec moi que même pour d’autres activités, la condition sine qua non c’est le retour effectif de la sécurité.

L’OMS menace de délocaliser son siège de la RCA pour Yaoundé. Que dites-vous à ce sujet ?

Le gouvernement est entrain de prendre des dispositions pour demander à ce partenaire important de ne pas délocaliser son siège car la sécurité s’est améliorée déjà. Je vais prendre part dans la semaine à l’Assemblée Mondiale de la Santé à Genève. Cette occasion me permettra de faire un plaidoyer pour que ce siège ne soit pas délocalisé.

Propos Recueilli

Par Fridolin Ngoulou

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